Le licenciement est l'une des procédures les plus risquées en droit social : une seule irrégularité — lettre mal rédigée, délai non respecté, motif insuffisamment justifié — expose la PME à une condamnation aux prud'hommes. Ce guide détaille chaque étape obligatoire, les formules de calcul des indemnités et les plafonds du barème Macron, avec les textes de loi applicables.

1. Les motifs de licenciement valables

Tout licenciement doit reposer sur un motif réel et sérieux. C'est la condition première, posée par le Code du travail :

« Le licenciement pour motif personnel est justifié par une cause réelle et sérieuse. » Article L1232-1 du Code du travail

Un motif est réel s'il repose sur des faits objectifs, vérifiables et constituant la véritable raison du licenciement. Il est sérieux s'il est suffisamment grave pour rendre impossible ou difficile la poursuite du contrat.

Licenciement pour motif personnel

Il vise des faits imputables au salarié lui-même. Trois degrés de gravité existent :

Niveau de fauteDéfinitionConséquences sur les indemnités
Cause réelle et sérieuse Insuffisance professionnelle, absences répétées injustifiées, inaptitude comportementale Indemnité légale due + préavis effectué ou indemnisé
Faute grave Violation grave des obligations contractuelles rendant impossible le maintien (vol, harcèlement, abandon de poste…) Pas d'indemnité légale — préavis non dû
Faute lourde Intention de nuire à l'employeur (sabotage, divulgation de secrets, concurrence déloyale caractérisée…) Pas d'indemnité — pas de préavis — pas d'ICP de congés payés

Licenciement pour motif économique

Il ne vise pas le comportement du salarié mais la situation de l'entreprise. Les motifs économiques recevables sont définis à l'article L1233-3 :

« Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment à des difficultés économiques, à des mutations technologiques, à une réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité ou à la cessation d'activité de l'entreprise. » Article L1233-3 du Code du travail
Point de vigilance pour les PME en groupe : les difficultés économiques s'apprécient au niveau du secteur d'activité du groupe, et non de la seule filiale. Un licenciement économique dans une filiale bénéficiaire alors que le groupe reste prospère est régulièrement requalifié par les juges prud'homaux.

2. La procédure obligatoire en 5 étapes

Entretien préalable de licenciement
L'entretien préalable est une étape obligatoire — sa tenue doit être prouvable par une convocation écrite conservée dans le dossier du salarié.

La procédure de licenciement pour motif personnel est strictement encadrée. Chaque étape comporte des délais légaux impératifs :

1

Convocation à l'entretien préalable

Délai : au moins 5 jours ouvrables avant l'entretien

La convocation doit être envoyée par lettre recommandée avec AR ou remise en main propre contre décharge. Elle doit mentionner l'objet de l'entretien, la date, l'heure, le lieu et la possibilité pour le salarié de se faire assister. Elle ne doit pas mentionner la décision de licencier — celle-ci n'est pas encore prise.

2

Entretien préalable

À la date fixée dans la convocation

L'employeur expose les motifs envisagés et recueille les explications du salarié. Le salarié peut se faire assister par un membre du personnel ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller du salarié inscrit sur la liste préfectorale. Cet entretien n'est pas une formalité : les explications doivent être réellement écoutées et prises en compte.

3

Délai de réflexion après l'entretien

Au moins 2 jours ouvrables après l'entretien

La notification du licenciement ne peut intervenir moins de 2 jours ouvrables après la tenue de l'entretien. Ce délai est absolu : un licenciement notifié le lendemain de l'entretien est nul. Il n'existe pas de délai maximum, sauf pour les fautes disciplinaires (prescription d'un mois à compter de la connaissance des faits).

4

Notification du licenciement

Par LRAR — max 1 mois après l'entretien pour faute disciplinaire

La lettre de licenciement doit énoncer le ou les motifs précis qui justifient la décision. La jurisprudence constante de la Cour de cassation censure les motifs vagues — "insuffisance de résultats", "manque d'investissement" — sans faits précis et datés. La lettre fixe également le point de départ du préavis.

5

Préavis et documents de fin de contrat

Durée selon ancienneté et convention collective

Le préavis légal est de 1 mois (ancienneté 6 mois à 2 ans) ou 2 mois (ancienneté ≥ 2 ans), sauf dispositions conventionnelles plus favorables. À la fin du contrat, trois documents sont obligatoires : certificat de travail, attestation France Travail (ex-Pôle Emploi), reçu pour solde de tout compte. Le salarié peut contester ce dernier dans les 6 mois de sa signature.

Droit à précision depuis 2017 : le salarié peut demander, dans les 15 jours suivant la notification, des précisions sur les motifs énoncés dans la lettre. L'employeur dispose alors de 15 jours pour répondre par LRAR. L'absence de réponse est prise en compte par le juge comme élément défavorable à l'employeur, sans toutefois rendre le licenciement nul.

3. Le calcul de l'indemnité légale de licenciement

L'indemnité légale est due à tout salarié ayant au moins 8 mois d'ancienneté ininterrompue dans l'entreprise, licencié pour une cause autre que la faute grave ou lourde :

« Le salarié titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, licencié alors qu'il compte 8 mois d'ancienneté ininterrompus au service du même employeur, a droit, sauf en cas de faute grave, à une indemnité de licenciement. » Article L1234-9 du Code du travail

La formule légale

Formule de calcul — Indemnité légale de licenciement
Pour les 10 premières années :
Indemnité = 1/4 × salaire de référence mensuel × nombre d'années
Pour les années au-delà de 10 ans :
Indemnité = 1/3 × salaire de référence mensuel × nombre d'années
Le salaire de référence est le plus favorable des deux méthodes : (A) moyenne mensuelle des 12 derniers mois de salaire brut, ou (B) 1/3 de la rémunération totale des 3 derniers mois (primes proratisées incluses). Les deux méthodes sont systématiquement calculées pour retenir la plus avantageuse pour le salarié.

Base légale : Articles R1234-1 et R1234-2 du Code du travail.

Exemples chiffrés

AnciennetéSalaire de référenceCalcul détailléIndemnité brute
3 ans2 500 €/mois 3 × 1/4 × 2 500 1 875 €
7 ans3 000 €/mois 7 × 1/4 × 3 000 5 250 €
12 ans3 500 €/mois (10 × 1/4 × 3 500) + (2 × 1/3 × 3 500) 11 083 €
20 ans4 000 €/mois (10 × 1/4 × 4 000) + (10 × 1/3 × 4 000) 23 333 €
Fiscalité de l'indemnité : l'indemnité légale de licenciement est exonérée d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit environ 92 736 € en 2026. Au-delà, la fraction excédentaire est soumise aux prélèvements sociaux et à l'IR selon les règles de droit commun.

4. Le barème Macron : planchers et plafonds d'indemnisation

Depuis les ordonnances Macron de septembre 2017, en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, le juge prud'homal ne peut plus fixer librement l'indemnisation. Il est encadré par un barème impératif :

« Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge octroie au salarié une indemnité à la charge de l'employeur, dont le montant est compris entre les montants minimaux et maximaux fixés dans le tableau ci-après. » Article L1235-3 du Code du travail — Ordonnances Macron du 22 septembre 2017
Ancienneté (années complètes) Plancher (mois de salaire) Plafond (mois de salaire)
Moins de 1 an01
1 an12
2 ans13,5
3 ans14
4 ans15
5 ans1,56
6 ans1,57
7 ans28
8 ans28
9 ans2,59
10 ans2,510
12 ans311
15 ans313
20 ans315,5
25 ans317,5
30 ans et plus320

Progression du plafond d'indemnisation selon l'ancienneté :

1 an
2 mois
3 ans
4 mois
5 ans
6 mois
8 ans
8 mois
10 ans
10 mois
15 ans
13 mois
20 ans
15,5 mois
30 ans
20 mois
Exceptions au barème : le barème Macron ne s'applique pas aux licenciements nuls — violation d'une liberté fondamentale, harcèlement moral ou sexuel, discrimination, dénonciation d'un crime ou délit. Dans ces cas, l'indemnité est au minimum de 6 mois de salaire brut, sans plafond, et le salarié peut demander sa réintégration.

5. Les cas particuliers

Salarié protégé

Les représentants du personnel (membres du CSE, délégués syndicaux), les femmes enceintes et les salariés victimes d'accident du travail ou de maladie professionnelle bénéficient d'une protection renforcée. Le licenciement d'un salarié protégé nécessite l'autorisation préalable de l'Inspection du travail. Sans cette autorisation, le licenciement est nul, le salarié peut exiger sa réintégration et l'employeur doit lui verser tous les salaires perdus depuis la rupture.

Licenciement pour inaptitude médicale

Avant de licencier un salarié déclaré inapte par le médecin du travail, l'employeur doit d'abord chercher un reclassement sur un poste adapté, après consultation des représentants du personnel. Le licenciement n'est possible qu'après épuisement des possibilités de reclassement ou refus motivé du salarié des postes proposés.

Indemnité spéciale d'inaptitude
Inaptitude d'origine professionnelle (maladie pro ou accident du travail) :
Indemnité = 2 × indemnité légale de licenciement
Pour une inaptitude d'origine non professionnelle, l'indemnité légale standard s'applique, sans doublement. Source : Article L1226-14 du Code du travail.
Documents RH et procédure de licenciement
Chaque étape doit être documentée et conservée : convocation, compte rendu d'entretien, accusé de réception de la lettre de licenciement.

6. Les erreurs fréquentes en PME

Délai de prescription pour contester un licenciement : depuis la loi Macron de 2015, le salarié dispose de 12 mois à compter de la notification de la rupture pour saisir les prud'hommes. Ce délai court même en l'absence de signature du solde de tout compte. Article L1471-1 du Code du travail