Dès le premier jour d'arrêt maladie d'un salarié, une série d'obligations s'enclenche pour la PME : délai de carence, maintien partiel de salaire, subrogation CPAM, puis visite médicale de reprise. Chaque étape a ses règles propres et ses pièges. Ce guide fait le point sur l'intégralité du dispositif, avec les textes de loi, les formules de calcul et des exemples chiffrés.

1. Le délai de carence : 3 jours sans indemnisation

Lors d'un arrêt maladie d'origine non professionnelle, le salarié ne perçoit pas d'indemnités journalières CPAM pendant les 3 premiers jours. Ce délai de carence est fixé par la loi :

« L'indemnité journalière est versée à partir du quatrième jour d'incapacité de travail. » Article L323-1 du Code de la Sécurité sociale

Ce délai de carence ne s'applique pas aux accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) : dans ce cas, les IJSS démarrent dès le lendemain de l'arrêt.

Jours 1–3Carence — ni IJSS ni maintien légal
Jours 4–30IJSS CPAM + maintien employeur (90 %)
Jours 31–90IJSS CPAM + maintien employeur (66,66 %)

La convention collective peut supprimer la carence

De nombreuses conventions collectives prévoient la suppression du délai de carence dès un certain niveau d'ancienneté (souvent 1 an). L'employeur doit alors maintenir le salaire dès le premier jour. Vérifiez systématiquement votre CCN avant d'appliquer la règle légale.

2. Les indemnités journalières de la CPAM

À partir du 4e jour d'arrêt, le salarié perçoit des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS), sous réserve de remplir les conditions d'ouverture de droits :

Calcul des IJSS brutes
IJSS brute = salaire journalier de base × 50 %
Salaire journalier de base = salaire brut des 3 derniers mois ÷ 91,25
Plafond : le salaire pris en compte est limité à 1,8 fois le SMIC mensuel brut. En 2026, ce plafond est d'environ 2 862 €/mois. L'IJSS maximale est donc d'environ 50,33 € brut/jour (avant CSG/CRDS).

À partir du 31e jour d'arrêt continu, les IJSS sont majorées à 66,66 % du salaire journalier de base si le salarié a au moins 3 enfants à charge.

3. Le maintien de salaire par l'employeur

En complément des IJSS CPAM, l'employeur a l'obligation de maintenir une partie du salaire pendant l'arrêt, à condition que le salarié ait au moins 1 an d'ancienneté :

« Le salarié bénéficiant d'une ancienneté d'un an dans l'entreprise, en cas d'absence au travail justifiée par l'incapacité résultant de maladie ou d'accident constaté par certificat médical, bénéficie d'une indemnisation complémentaire aux indemnités journalières versées par la Sécurité sociale. » Article L1226-1 du Code du travail
Gestion des arrêts maladie en PME
La gestion des arrêts maladie impose de coordonner maintien de salaire, IJSS et obligations de reprise.

Le tableau légal de maintien de salaire

Ancienneté du salarié Période à 90 % du salaire net Période à 66,66 % du salaire net
1 à 5 ans30 jours30 jours
6 à 10 ans40 jours40 jours
11 à 15 ans50 jours50 jours
16 à 20 ans60 jours60 jours
21 à 25 ans70 jours70 jours
26 à 30 ans80 jours80 jours
31 ans et plus90 jours90 jours
Calcul du complément employeur à verser
Complément employeur = salaire net maintenu − IJSS nettes versées
Exemple (30 premiers jours, salarié à 2 500 € brut, ancienneté 3 ans) :
Maintien légal = 2 500 × 90 % = 2 250 € brut
IJSS nettes = ~900 € (estimation)
Complément employeur = 2 250 − 900 = 1 350 € brut
Le maintien s'entend en salaire net dans la plupart des conventions collectives, ce qui implique de reconstituer le brut correspondant pour le bulletin de paie. Les calculs exacts dépendent du taux de cotisations du salarié et des IJSS nettes réellement perçues.
Convention collective plus favorable : de nombreuses CCN prévoient un maintien à 100 % du salaire net dès le premier jour, sans délai de carence, et pour des durées plus longues que le minimum légal. Les dispositions conventionnelles s'appliquent si elles sont plus avantageuses pour le salarié.

4. La subrogation : récupérer les IJSS directement

La subrogation est le mécanisme par lequel l'employeur se substitue au salarié pour percevoir directement les IJSS de la CPAM. Le salarié reçoit son salaire maintenu de l'employeur, et c'est l'employeur qui récupère les IJSS auprès de la caisse.

1

Conditions de la subrogation

Elle est possible uniquement si le maintien de salaire est au moins égal aux IJSS. L'employeur doit l'avoir prévu dans le contrat de travail ou la convention collective. En pratique, la quasi-totalité des CCN la prévoient.

2

Déclaration de la subrogation

L'employeur déclare la subrogation à la CPAM via la DSN (Déclaration Sociale Nominative) — un signalement d'arrêt de travail est envoyé dans les 5 jours suivant la connaissance de l'arrêt.

3

Versement des IJSS à l'employeur

La CPAM verse directement les IJSS à l'employeur, qui les déduit du complément versé au salarié. En pratique, les délais de versement CPAM sont variables (2 à 6 semaines) — la PME avance donc la trésorerie.

Attention au délai DSN : un signalement d'arrêt de travail non envoyé dans les délais retarde le versement des IJSS par la CPAM. En cas de subrogation, c'est la trésorerie de la PME qui en subit les conséquences. LBRH Solutions automatise ce signalement dès la saisie de l'arrêt.

5. La visite de reprise : quand est-elle obligatoire ?

Avant la reprise du travail, une visite médicale auprès du médecin du travail est obligatoire dans certains cas. L'employeur doit en être à l'initiative :

« Le travailleur bénéficie d'un examen de reprise du travail par le médecin du travail après une absence pour cause de maladie professionnelle, après une absence d'au moins trente jours pour cause d'accident du travail, de maladie ou d'accident non professionnel. » Article R4624-31 du Code du travail
Type d'absenceDurée déclenchant la visiteDélai pour organiser la visite
Maladie ordinaire≥ 30 joursDans les 8 jours suivant la reprise
Accident du travail≥ 30 joursDans les 8 jours suivant la reprise
Maladie professionnelleToute duréeAvant la reprise effective
Maternité / congé parentalToute duréeAvant la reprise effective
Visite médicale de reprise après arrêt maladie
La visite de reprise est à l'initiative de l'employeur — l'oublier expose à engager la responsabilité de l'entreprise si le salarié se blesse à son retour.
Responsabilité de l'employeur : si l'employeur ne fait pas passer la visite de reprise obligatoire et que le salarié subit un accident ou une rechute lors de son retour, la responsabilité de l'entreprise peut être engagée pour manquement à son obligation de sécurité. La visite n'est pas une option.

6. Les erreurs fréquentes en PME

Arrêts répétés et rupture du contrat : les absences répétées et prolongées peuvent, si elles perturbent objectivement le fonctionnement de l'entreprise et nécessitent un remplacement définitif, justifier un licenciement. Mais la cause du licenciement doit être la désorganisation de l'entreprise — jamais l'état de santé du salarié. Cette nuance est systématiquement vérifiée par les prud'hommes.